22.11.10

Depardieu et Nicollin prennent une cuite au vin

Cette ville n'est belle que le matin. Une certaine odeur, celle des pavés humides et des écharpes parfumées que l'on croise, alors que le froid, surtout le vent, agresse le front jusqu'à la douleur. La première cigarette efface la menthe du dentifrice, chaque bouffée fait mal aux dents du bas. On retrouve la solitude d'un début de semaine après le weekend frénétique, avec le gang, entre verres de whisky, doobies de l'aprem, du soir, et premier duel du match de dimanche, la semelle du mec s'écrasant sur la cheville, le souffle éthéré masqué au café, la mâchoire se resserrant jusqu'à l'animal, et l'oublie de tout ce qui importait les autres jours.

Parade cyclique d'une jeunesse en dégénérescence, en décadence, passionnée d'ellipses, crise de la vingtaine imitant la quarantaine, la cinquantaine, la vieillesse accompagnée de cernes, de plaies, de bleus sur le corps et le visage, les filles modernes se coupant les cheveux comme Jean Seberg, et les garçons laissant pousser la lie jusqu'aux épaules, mauvais Jim Morrisons, les unes jouant de moues, sourires désintéressés, les uns agressifs incontrôlables, fixant les regards follement. Elles attrapent les mains, le cou, ils attirent les épaules, les hanches et la chute, trois verre de trop, je serai seul dans mon lit ce soir. Et ça tombe bien car le lendemain la corrida commence à 15h,
"faudra avoir les cannes, c'est 90 minutes mec".
"je joue mieux défoncé, comme Best, comme Gazza". Et tu seras dégueulasse sur le pré, dés 15h05. Une jeunesse qui se prend pour, fait comme, échoue, le réalise dix années plus tard, marié et parent.

Tu te retrouves le surlendemain dés 8h dans une salle- 13h si tu es universitaire, ruminant les deux jours et demi- quatre si tu es universitaire, fier et conscient de l'échec. Pendant la semaine tu imagines une réussite attrapée à la volée, au talent, ce "truc", mais tu n'en rêve pas la nuit car tu ne dors pas beaucoup, sans vouloir vraiment le dire
"je suis insomniaque, je pense trop dans mon lit je crois, mais ça va", et tout le monde s'en fout, même s'il y aura toujours une nana pour dire
"moi aussi". Mais tu t'en fous.

Une histoire d'apparence et de perte, où l'on met des lunettes carrées sans avoir de problème de vue, où l'on choppe des chaussures en toile 220 livres sur un site internet, achetant une merde de dix euros pour ta petite maman, que tu méprises amicalement, "involontairement". Égoïsme fataliste, amoureuse du passé, haineuse du futur, dégoutée déguisée du présent, swag generation.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire