Je regarde ses yeux bleus, et manque d’esprit pour compter le nombre
de dents blanches dans son sourire, qui soutient mes deux valises de
faux voyageur fatigué, yeux fermés et bouche tordue. Elle est surement
aussi joviale que je suis triste. Mais ses doigts sont abimés. Elle
frotte, frénétique, avec l’ongle du pouce, les doigts opposés. Ses mains
de fausse brûlée trahissent ce qu’elle est, comme le bout de mes
phalanges après s’être fait frappées par le crépis. Ma peau violette
dans le vent et ses doigts rouge épluchés, nos mains ne mentent pas- et
elle rit, parle pour que j’arrête d’observer ses doigts mais impossible,
les histoires partent en rétro-projection intuitive, et je reste là, je
l’écouterais jusqu’au sommeil, avec pour seuls miroirs ses mains, son
visage, sa voix qui glisse, crépite comme une (belle petite) friteuse,
que l’on aime entendre, mais surtout attendre. Elle dit qu’elle ne peut
plus allumer ses cigarettes avec certains doigts, j’espère la croiser en
partant, être le fils abandonné de Don Draper pour une scène. Je vais
pisser avant de sortir. Je ne la revois pas. Fume seul. Pensée!
La merde, c’est sortir de la torpeur, se dire il faut une nouvelle
mignonne, une nuit ou plusieurs, palpable, jetable, naïve -pour
commencer- mais personne ne veut une fille comme ça avant 2h du matin
défoncé et ou ivre. Super cool de regarder de nouveau les filles, les
charmer à l’américaine, mais putain de pas cool d’avoir des relents de
sentiments, de relation longue. “Boire l’amour” (pfff) pendant un
certain temps, et le vomir, le digérer alors qu’il brûle à peu près
autant et aussi précisément que le lance-flamme de worms armageddon.
C’est découvrir le fond de la cale, la plonge dans un restau chinois,
c’est de la merde, mais on veut le vivre depuis toujours. Chaque mec a
voulu être un marin sur un bateau crasseux de poissards de merde et être
pote avec le capitaine, et chaque fille a voulue prendre le thé avec la
reine d’angleterre ou une casse-couille du même genre, être potes pour
se trahir. Tout les garçons et toutes les filles de notre génération ont
vu Benjamin Button et Marie Antoinette. Ou sont des menteurs. Ou sont à
la rue. Ou pensent être hors-réalité, sans seringue ordonnance ni rien.
Ils retardent le truc. Truc qui colle parfaitement à une génération de
fantômes.Je suis rassuré d’être mal à ce point. Assurance de mettre des
mots sur des sentiments passés, pour ne plus oublier les souvenirs.
Arriver à entendre sa voix en cri malgré la musique, malgré le silence.
J’ignore si il faut oublier changer de carnet ou se la jouer moine
moyenâgeux, écrire par dessus, en gloses. Quoi que ce soit, je le sent
pas. La solitude tape mes tempes, Melody Nelson, 1h49, migraine et espoir stupide.
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