29.11.11

de l'or en jean-marc barr

Je regarde ses yeux bleus, et manque d’esprit pour compter le nombre de dents blanches dans son sourire, qui soutient mes deux valises de faux voyageur fatigué, yeux fermés et bouche tordue. Elle est surement aussi joviale que je suis triste. Mais ses doigts sont abimés. Elle frotte, frénétique, avec l’ongle du pouce, les doigts opposés. Ses mains de fausse brûlée trahissent ce qu’elle est, comme le bout de mes phalanges après s’être fait frappées par le crépis. Ma peau violette dans le vent et ses doigts rouge épluchés, nos mains ne mentent pas- et elle rit, parle pour que j’arrête d’observer ses doigts mais impossible, les histoires partent en rétro-projection intuitive, et je reste là, je l’écouterais jusqu’au sommeil, avec pour seuls miroirs ses mains, son visage, sa voix qui glisse, crépite comme une (belle petite) friteuse, que l’on aime entendre, mais surtout attendre. Elle dit qu’elle ne peut plus allumer ses cigarettes avec certains doigts, j’espère la croiser en partant, être le fils abandonné de Don Draper pour une scène. Je vais pisser avant de sortir. Je ne la revois pas. Fume seul. Pensée!
La merde, c’est sortir de la torpeur, se dire il faut une nouvelle mignonne, une nuit ou plusieurs, palpable, jetable, naïve -pour commencer- mais personne ne veut une fille comme ça avant 2h du matin défoncé et ou ivre. Super cool de regarder de nouveau les filles, les charmer à l’américaine, mais putain de pas cool d’avoir des relents de sentiments, de relation longue. “Boire l’amour” (pfff) pendant un certain temps, et le vomir, le digérer alors qu’il brûle à peu près autant et aussi précisément que le lance-flamme de worms armageddon. C’est découvrir le fond de la cale, la plonge dans un restau chinois, c’est de la merde, mais on veut le vivre depuis toujours. Chaque mec a voulu être un marin sur un bateau crasseux de poissards de merde et être pote avec le capitaine, et chaque fille a voulue prendre le thé avec la reine d’angleterre ou une casse-couille du même genre, être potes pour se trahir. Tout les garçons et toutes les filles de notre génération ont vu Benjamin Button et Marie Antoinette. Ou sont des menteurs. Ou sont à la rue. Ou pensent être hors-réalité, sans seringue ordonnance ni rien. Ils retardent le truc. Truc qui colle parfaitement à une génération de fantômes.Je suis rassuré d’être mal à ce point. Assurance de mettre des mots sur des sentiments passés, pour ne plus oublier les souvenirs. Arriver à entendre sa voix en cri malgré la musique, malgré le silence. J’ignore si il faut oublier changer de carnet ou se la jouer moine moyenâgeux, écrire par dessus, en gloses. Quoi que ce soit, je le sent pas. La solitude tape mes tempes, Melody Nelson, 1h49, migraine et espoir stupide.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire