14.12.11

encore un lundi

La fumée sort de mon grand nez, de ma tordue bouche en milliers d’idées. Je viens de relire Bureau de tabac de Pessoa et l’incohérence de la totalité perce mes espoirs de tentative d’échappée. La maison est toujours la même- le portail est usé, les pavés recouvert de jourées à les enfoncer un peu plus dans nos piétinements clope ou pétard au bec, et la lune se balade chaque soir, nue, planquée, semi-planquée, jeu d’ombre avec les nuages, couleur de visite chez l’ophtalmo. Rien ne se passe ; ce n’est plus “rien ne se passe comme prévu”, rien ne se passe, attente de jour nouveau dans une insomnie incomprise, utilisée désormais en gage de temps. Les rêves, terrassés par la fatigue, la routine, les joints, se planquent dans les coins. Seulement un rêve qui reste des dernières semaines, avec H., la projection d’un message envoyé plus tôt, relu juste avant le sommeil, dans les volutes vertes des fleurs du sol, drômois. Un simple enlacement qui délie le stress, et je sens mon front mes yeux mon torse et mon dos se relâcher dans une douleur coupable, celle de vivre hors-réalité, dans des tournures de phrases écrites pensées oubliées, dans une interprétation constante qui gèle mes sentiments en crises chroniques incontrôlables. La colère se pose en antidote et chaque journée est une attraction, montagne russe sans tatouages, sans crime, sans flash, avec l’ennui des lieux et des personnes qui deviennent l’ennui devant nos yeux, parce qu’elles ne proposent que du vide. Je préfère les menteurs qui savent qu’ils mentent, mais continuent parce que leur imagination les guide comme un pèlerin se ferait balader jusqu’au haut d’une montagne, sans savoir où il va, par son bâton. Le cassage de gueule arrivera, mais on s’en fout, le crime paie. Les cigarettes se font éclater en deux fois une minute, en silence.

Perdu entre les filles chiantes et les filles cinglées, matelot de pacotille qui navigue en débutant, je danse de bâbord à tribord accompagné des babioles de mes conquêtes passées. Trésors perdus, échangés, jetés, volés, oubliés, jamais vendus. Reste entre mes mains la poussière de souvenir, qui floute de sel mes yeux.

Pas de prophète dans notre pays, j’aimerais un combat d’épées avec un académicien, un duel à la tête avec David Douillet, une cocotte formée face à l’hospice de l’assemblée, un rendez-vous avec une ancienne ministre, un burger king livré à domicile, des filles qui comprennent tout et s’en foutent, serrer la pogne à Dan Fante, sécher des clopes, jouer 90 minutes chaque dimanche aprem, gratter des lignes avec une cartouche d’encre en rab, cloper des sèches, un job qui fasse voyager, tout ou rien putain de merde.

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