25.11.10

"J'aimerais bien être aimée avec des mots." M.

Bientôt noël. Dans exactement un mois, ce sera le réveillon, ce qui signifie repas chez papa (ça ne s'invente pas pas), le premier depuis le 24 décembre 2009. Comme l'année dernière je serai rond au foie gras, et ai décidé que ce serait cette année au whisky, en souvenir de la vodka de l'autre fois. Comme l'année dernière mon père et moi nous éviterons cordialement, avec classe, de vrais hommes, sauf pour une cigarette, où il dira "ça va?" sans le penser ni ajouter "fils dépressif?", en attente d'une réponse dans son sens, que je donnerai avec un regard, celui que je fais habituellement aux salopes en rée-soi. Comme l'année dernière j'aurai un chèque et pas de cadeau, classe moyenne. Comme l'année dernière il y aura beaucoup d'attention venue souligner l'inattention du reste du temps, des blagues révéleront des bouches à moitié pleine, des dents jaunes ou manquantes, une haleine dégueulasse, personne ne veut rire sauf les gamins, heureux, matériels, limite fixée autour de quinze ans par les corps. Comme l'année dernière on soufflera de plaisir après le départ de tous, les première secondes de solitude, cigarette, sa buée qu'on l'on arrive à entendre filer dans sa bouche, et sa danse ; on sentira son propre visage se dérider débarrassé de la tension inutile, et je me trouverai mieux après m'être fini au vin et avoir pleuré, écrit des conneries comme cela sur le fait d'avoir une vie non pas de merde, mais emmerdante, sauf avant, pendant et après ces moments de merde. Tout ça par peur de se détacher totalement ou de reprendre un morceau de passé, celui qui parait facile idéal, désiré indésirable à travers les pupilles de mon père et les miennes- marron comme de la terre dirigée par l'air. Un miroir à la Kubrick, mais sans scène de baignoire par la suite. Ni même avant.

Kanye West - All Of The Lights (Interlude)

Deuxième année de médecine pour M, je me demande si je l'aime ou fait de la compassion pour sa vie de merde, qu'elle n'accepte pas, qu'elle aime me raconter un weekend sur deux, car l'autre elle bosse, parce que c'est sa définition d'un couple, sa libération, raconter la moindre chose, reliée toujours aux inconnus.
"P.A a fait [...] l'autre jour, tout le monde nous déteste dans l'amphi...". Je ne connais pas P.A, n'en ai rien à foutre. Elle m'aime tellement qu'un seul petit conflit lui bousille une semaine, ou un mois, ce qui est très important là-bas, dans cette merde d'opéra que Proust de néréides peuplerait les places, où la majorité voient leurs rêves de réussite brûler sans explication sauf un doigt d'honneur, et ouais, 15 au lycée, ils étaient fier papa et maman.
Un amour de vacances, mais je suis le seul à être souvent en vacances alors, j'attends que les meufsbonnesdelafacoudailleurs viennent, et elles viennent mais, dans leur attitude artiste bitchy, rien ne dort sauf leurs corps futiles, lisses et fins presque logiquement, reflétant la lumière d'une vieille lampe industrielle sur le canapé du garage ou d'un matin gris, la peau blanche douleur et les joues encore rouges, les lèvres séchées par la cigarette. Je préfère qu'elle aient lu Beigbeder que Flaubert, et si elles me parlent d'une blessure, d'une névrose, d'une putain de maladie, je m'efface à elles. Je ne veux connaître que les corps et les visages. Un visage n'a plus rien de tragique si on l'expose, la seule règle est de la cacher sous des cheveux épais, des mains, un oreiller, une tasse de café, un chou à la crème, un beignet aux pommes, mes cheveux, ma bouche. Je crois que je n'aime pas M. Chute futile, putain.

Kanye West - Hell Of A Life

Il n'y a pas de sens entre ces deux putains de textes sinon le temps et l'espace, deux bars. Il faudrait arrêter de laisser filer les choses pour tirer des conclusions, mais je me sens mieux dans l'abandon, l'oubli et la fuite, et ma petite dromomanie. Avant de parler des autres, ce sera moi et mon reflet d'imaginaire, narnia low coast de mes couilles, l'envie d'écrire quelque chose qui ait une épaisseur, une image hors de ma tête. Samedi cela aurait peut-être marché. J'aurais écrit en anglais comme les vrais, camarade. Prochaine fois. Proust mange mes restes.


"Mais, dans les autres baignoires, presque partout, les blanches déités qui habitaient ces sombres séjours s'étaient réfugiées contre les parois obscures et restaient invisibles. Cependant, au fur et à mesure que le spectacle s'avançait, leurs formes vaguement humaines se détachaient mollement l'une après l'autre des profondeurs de la nuit qu'elles tapissaient et, s'élevant vers le jour, laissaient émerger leurs corps demi-nus et venaient s'arrêter à la limite verticale et à la surface clair-obscur où leurs brillants visages apparaissaient derrière le déferlement rieur, écumeux et léger de leurs éventails de plumes, sous leurs chevelures de pourpre emmêlées de perles que semblait avoir courbées l'ondulation du flux ; après commençaient les fauteuils d'orchestre, le séjour des mortels à jamais séparé du sombre et transparent royaume auquel çà et là servaient de frontière, dans leur surface liquide et plane, les yeux limpides et réfléchissants des déesses des eaux. […]
En deçà, au contraire, de la limite de leur domaine, les radieuses filles de la mer se retournaient à tout moment en souriant vers des tritons barbus pendus aux anfractuosités de l'abîme, ou vers quelque demi-dieu aquatique ayant pour crâne un galet poli sur lequel le flot avait ramené une algue lisse et pour regard un disque en cristal de roche. Elles se penchaient vers eux, elles leur offraient des bonbons ; parfois le flot s'entrouvrait devant une nouvelle néréide qui, tardive, souriante et confuse, venait de s'épanouir du fond de l'ombre ; puis, l'acte fini, n'espérant plus entendre les rumeurs mélodieuses de la terre qui les avaient attirées à la surface, plongeant toutes à la fois, les diverses sœurs disparaissaient dans la nuit. Mais de toutes ces retraites au seuil desquelles le souci léger d'apercevoir les œuvres des hommes amenait les déesses curieuses, qui ne se laissent pas approcher, la plus célèbre était le bloc de demi-obscurité connu sous le nom de baignoire de la princesse de Guermantes.
"


Proust - A la recherche du temps perdu

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