3.5.11

La meuf bonne / La bonne meuf

Je me dit ne fait jamais confiance aux gens mec, fais assez semblant pour apprécier ce qui doit l'être, n'oublie pas de marcher et regarder en l'air, tu marcheras dans une merde un jour ou l'autre alors autant regarder le ciel ou cette fille à ce balcon, qui semble se lever et avoir aussi mal aux yeux que toi mec mais- je n'en suis pas certain, ce qui est certain c'est les yeux qui piquent, la pâteuse tapisse le palais, la gorge et l'on a soif de nouveau, pour faire passer, se remettre à flot, pas faire attention aux gens qui observent mes cheveux dressé par le vent. Il porte les fleurs et toutes ces merdes qui s'ouvrent le matin et auxquelles on ne prête aucun intérêt depuis nos six ans, quand on découvre les insultes, le pain dans la gueule, qu'on comprend le sang qui coule après une chute, épais comme les doses de whisky servie à six heures du matin, dont le seul but est de t'assommer pour de bon, sinon c'était touché café coulé, rien à manger pour pas gerber, juste se remettre à flot mec.

J'aurais du me renseigner plutôt que d'écouter cette fille, histoire de pas louper l'examen. Rattrapages encore, filière de merde sans débouché sauf le rouge sanglant et épais, qui pourrait t'obstruer la gorge, la boucher enfin, pour ne pas dire à cette fille : meuf, t'es une pute, une salope, une menteuse, et ça ne m'étonne pas. Tu es comme tes parents, les miens, comme moi. Rien à sauver, ne me parle plus et ne m'écris plus, tu ne sais pas écrire, aucune personne de cette filière ne sait écrire meuf, on est en lettres modernes, qu'attendais-tu. Qu'attends-tu avec moi? J'aurais préféré connaître cette autre fille, C., celle qui ne parle jamais, sa bouche est le seul mystère de cette fac, celui qu'on aimerait étouffer, juste pour voir cette bouche s'ouvrir, prendre une inspiration dictée par la tête tournante, étoilée de confusion, expirer simplement. J'embrasserais cette bouche idiote, ce visage naïf qui n'a rien vu, qui se suffit à lui-même. Se contente d'être là. Marche discrète déambulation désuète violente incompréhensible, ou la ligne se fend en courbe et danse, et mes yeux se ferment douloureux et je la vois, les jambes grondant le sol, fumée de chair blanche où elle n'a aucun contrôle. S'est-elle déjà regardée marcher dans les vitrines, les jambes en ciseaux nubiles découpent les habits, le visage invisible car le soleil cogne fort. Et dans mon dos un frisson glisse déguisé en goute de sueur, dévale le mat tordu jusqu'à toucher l'étiquette du jean, de marque mec, est-ce que je pourrais avoir cette fille en G-Star? Est-ce que je peux l'avoir? L'avoir une journée, n'importe où tant que ses jambes découpent les images devant mes yeux, ses bras derrière mon cou, col châle en chair me serre vers elle, vers le sol, n'importe où.

Cette fille mec, c'est une punition, elle n'échouera pas, car elle est simplement là où elle doit être. Je suis ailleurs. Ma maman m'a souvent dit de faire attention, je n'ai jamais voulu, j'aimerais qu'elle sache ce que je suis et comment je vais mec, mais aveugle elle va faire les courses en râlant, comme une mère sans mari le fait. Le petit garçon n'est plus là pour lui demander n'importe quoi, et le mari n'est plus là pour acheter l'ampoule qui a grillé dans le sous-sol, là où il bricole à huit doigts et demi- il faut bien tenir la cigarette.

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