Aujourd’hui, le thème de l’émission présentée par Sophie Davant,
“Toute Une Histoire”, est “Non, ton petit ami ne viendra pas dormir à la
maison !”. On voit des mères se liguer contre leurs filles de quatorze
ans, paires d’yeux pochés de bleu noir. Chaque nana mitraillée de
questions folles. Le public semble en carton, un œil global, avenant
compréhensif. On se demande qui est le/la plus pute de toutes. Amen.
Je regarde la photo d’H. et moi. Un dinosaure et une gazelle, slow
motion sur le nuage de Sangoku, en attente de fusion. J’écoute les
albums qu’elle m’a passée. Au lieu de mes vingt-et-une années de fierté,
je flotte face au ciel, dans une crique de chaleur, une zone de mon
corps oubliée. Bien sur la vie reste un piège, mais aujourd’hui je veux
éviter ces pièges, au lieu d’aimer m’y empaler. Envie de cafés, de
cigarettes, de balades débiles (rêve de sprint sans fin cette nuit,
mais, pour une fois, je ne fuyais pas. Intéressant, n’est-ce pas?), de
relire les dernières choses de Bukowski.
Rester avec le vieux Buk c’est rester fondu dans le bitume, sous les
nuages. Rien n’est certain. La folie, elle, est absolue. Elle est jeune
et je me sens très vieux, très con, très fatigué, et son sourire
m’attire, me fend le flanc de nœuds. L’harmonica balance son râle
mélancolique par à coups. Le blues se forme, s’écrase sur mon crane
assommé, défoncé pour oublier qu’avec elle, ça ne marchera pas. Film
muet de cul ultra violent, putain de bordel- et je n’ai pas le sourire
de Dujardin. Pffff, c’est une misère, je m’étais habitué aux déceptions
programmées, désirées, préparées. Pour une fois- tant pis. A la manière
du ter ter je suis gueule ouverte sur le trottoir en sang l’œil insensé
la compréhension envolée, plus de bails valables sauf partir, partir, et
partir sans bouger car impossible de faire autre chose. Certains
connards disent qu’on ne peut pas écrire avec une fille dans la tête,
qu’ils aillent se faire enculer, c’est la meilleure des choses, sourire
de fulgurance et mèches rebelles, bottines clappantes et écharpe
immense. Le réveil n’est pas très stimulant, ma bouche témoigne de ce
que j’ai fumé hier en éclaté plus des baisers que l’on a fait :
Je marche dans la maison, vais me faire du café. France 3 nous dit en
zone orange pour une sorte de tempête de merde, et M6 non. La pluie
ronronne sur la petite avancée au toit transparent, installée par mon
nouveau beau-père. Le chien s’est étiré mais n’a pas bougé, la cafetière
râle et je vais fumer mon joint, seul, en attendant le café. Le cœur
serré comme un enfant de douze ans, je suis au moins en vie. Le grain
noir se fait baiser par l’eau brulante et laisse une légère mousse en
haut pour protester. Je ne lui ai rien laissé. La maison est
silencieuse, les horloges décalées ne m’indiquent rien, je m’accroche
aux aiguilles et fixe les leds à l’autre mur. Dehors, tout ce qui se
planque dans mon corps semble se donner en insouciance : les feuilles
tourbillonnes, la pluie fouette la peau, le vent autant en emporte, et
les lampadaires sont cachés par moment par les arbres qui sont secoués
par le temps, ces bons vieux arbres plantés là, à côté d’un lampadaire
toujours chiant. Ils veulent être à côté du soleil, et pas de putains de
lampadaire tu vois? C’est une métaphore de merde, mais jamais tentée,
un Raymond Carverisme courageux, électronique, un siècle trop loin.
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